Traverser la frontière

La claque du Cap-Vert : Un trek inoubliable de 10 jours à Santo Antão

Une claque.

Voici le seul mot qui me vient à l’esprit quand je repense à ce voyage au Cap-Vert.

Archipel méconnu au large des côtes du Sénégal, ce pays tranquillement installé en plein océan Atlantique est réputé authentique, magnifique et avec une chaleur humaine étonnante. Il était temps de faire un tour dans ce pays depuis trop longtemps resté dans un coin de ma tête.

C’est à la fin du mois mars 2018 que nous avons passé avec Rémi deux semaines au Cap-Vert. Deux semaines à parcourir les iles de Santiago, São Vicente et Santo Antão. Et deux semaines à se surpasser.

Nous aurions pu nous prélasser sur une plage paradisiaque à siroter des cocktails parfumés au rhum, mais nous avons choisi la difficulté. Un défi physique et humain au bout du monde nous attendait.

Notre objectif était simple : traverser à pied et en autonomie l’ile de Santo Antão.

Le Cap-Vert, troisième étape africaine

Après le Maroc et le Sénégal, le Cap-Vert est la troisième étape de ma découverte de l’Afrique.
Trois pays et trois ambiances totalement différentes.

Mon coup de cœur va au Cap-Vert, cette ancienne colonie portugaise nous offrant un mix savoureux entre l’Afrique et l’Europe. Avec d’un côté, une modernité étonnante, une forte richesse culturelle et une sécurité garantie. Et de l’autre, une chaleur humaine, une passion de la musique et une douceur de vivre à faire oublier la vie stressante des villes occidentales.

Dés mon arrivée à Praia, la capitale du pays, je prends une énorme bouffée d’air. Après 3 mois au Sénégal, une heure de vol m’a fait changer de monde. L’Afrique toujours, mais radicalement différente.

Fini le bordel, la saleté, le bruit incessant, les voitures hors d’âge, les interpellations infinies et les mosquées braillant à chaque coin de rue. Les mauvais côtés de Dakar s’évaporent.

À Praia, les rues pavées sont impeccables, les maisons colorées, les plages dorées, l’air pur et on y ressent une grande tranquillité. J’ai pu marcher deux heures à travers la ville, sans être interpelé une seule fois. Chose impossible au Sénégal.

Rémi me rejoint dans la soirée puis nous explorons furtivement l’ile Santigao les deux jours suivants.

Du côté de Cidade Velha au sud et Serra Malagueta plus au nord. Nous y ferons une bonne randonnée d’entrainement pour tester la solidité de nos jambes.

Pour info, Rémi est mon cousin et il est aussi blogueur voyage sur CapitaineRemi.com

Ici, la nature est préservée, les transports dans les aluguers (van collectif) sont faciles d’accès et peu couteux. Bons commerçants, les Capverdiens viennent jusque dans l’aluguer pour proposer leurs produits, sans jamais trop forcer. Je me suis même fait offrir un gâteau par une mama toute souriante, car je n’avais pas de petite monnaie.

Je reprends du plaisir à parler portugais et entendre ces sonorités qui me rappellent de jolis souvenirs de mon passage au Brésil 3 ans plus tôt. Nous découvrons aussi la cachupa, plat national capverdien à base de haricots, de maïs et de viande, qui nous suivra tout au long de ces deux semaines.

Quarante-cinq minutes d’avion suffisent ensuite pour rejoindre Mindelo, capitale de l’ile de São Vicente.

Surplombée par de jolies montagnes, cette ville avec ses places piétonnes, sa marina et sa vie nocturne auraient mérité un peu plus de temps…

On profite de Mindelo pour s’acheter une carte de Santo Antão afin de définir un itinéraire de notre traversée. On se rend compte que notre préparation était bien trop légère. Nous ne savons pas vraiment quel chemin suivre pour ce trek et ce qu’il nous attend de l’autre côté du détroit.

Vila da Pombas : un départ explosif

Jour 1

Une heure de traversée en bateau suffit pour rejoindre Porto Novo, sur l’ile de Santo Antão. Puis nous prenons un aluguer sur une route côtière flambant neuve pour rejoindre Vila da Pombas, le point de départ désigné du trek.

L’objectif est simple : parvenir à la façade ouest de l’ile, au village de Monte Trigo.

Située à l’est de l’ile, Vila da Pombas donne sur la vallée de Paul, incontournable à faire à Santo Antão. Nous y débarquons vers 16H, le soleil encore haut. Malgré l’attrait de dormir ici, au bord de la mer, une idée folle surgit.

« Et si nous partions maintenant ? » me lance Rémi.

Ce n’était pas vraiment prévu dans le plan et j’hésite quelques secondes avant de lui répondre : « Vas-y, on décolle ! On peut surement marcher 2/3 heures avant qu’il ne fasse trop sombre. »

Avec une motivation et une énergie folle, on se met en marche rapidement.

Sans point d’arrivée, on avance le sourire aux lèvres, on dit bonjour à tous les passants et l’on contemple l’entrée de cette vallée qui me bluffe dès les premiers hectomètres. On passe rapidement d’une route goudronnée à un petit chemin qui remonte une rivière asséchée et fait office de sentier de randonnée.

C’est très vert. Des plantes surgissent de partout. Beaucoup de bananiers de manguiers ou cannes à sucre avec l’eau qui s’écoule par d’ingénieux systèmes d’irrigation. Une chienne et son acolyte en rut décident de nous suivre gaiement dans cette jungle.

Rempli de dopamine, on ne sent même pas le poids du sac, surement trop lourd, durant ces premières heures.

Lorsque le soleil commence à se replier derrière l’autre versant de la montagne, la luminosité baisse et on se trouve un petit coin pour planter la tente. Nous sommes clairement à la vue de tous les passants, mais outre quelques curieux venus nous dire bonjour, l’endroit demeure tranquille.

Rémi sort son réchaud artisanal, fabriqué avec deux canettes, pour préparer un plat de nouilles déshydratées. Le premier d’une longue série durant ces dix jours de trek… À 21H, c’est repu que l’on s’endort dans notre sac de couchage.

Notre nuit aurait pu être d’une tranquillité parfaite, mais la chienne qui nous a suivis a décidé de dormir avec nous et de nous protéger coute que coute. À chaque fois qu’un passant allait d’un village à l’autre, elle court vers lui pour aboyer fièrement. Et à chaque fois… elle nous réveille.

Entre aboiements du chien et ronflements de Rémi qui s’endort comme une masse, ma nuit est assez agitée.

Jour 2

Au petit matin, sans être reposé à 100%, on se réveille avec le soleil. Encore niché derrière la montagne, il colore le ciel en violet pour virer doucement au jaune à mesure que les minutes passent. À 300 mètres d’altitude, nous pouvons apercevoir le chemin parcouru et cette vallée de Paul, encore endormie, s’étend tranquillement devant nos yeux.

Pour cette deuxième journée, nous décidons d’aller jusqu’à Pico da Cruz.

Sur la carte, ce village ne parait pas très loin et dès 8H, nous partons à l’assaut de ce challenge. Après 30 minutes de marche dans la vallée, nous tournons à gauche à Cabeça de Figueiral et c’est un enfer d’une beauté magnifique qui s’offre à nous pour le reste de la journée.

Un enfer, car à partir de ce moment, les pentes sont terribles et nous n’aurons aucun répit, nous montons sur 1300 mètres au total. Le chemin en pavés grimpe fort, certaines marches nécessitent 10 secondes à franchir et chaque fois que l’on croit que la fin se rapproche, le chemin monte encore, à l’infini.

Heureusement, le paysage est prodigieux. Toutes les 2 minutes, j’hésite entre prendre une photo et continuer à monter. Plus on monte, plus la vallée se dévoile et plus ma fréquence de « putain c’est trop beau » augmente. Je n’avais jamais vu de tels paysages, de telles montagnes tombant à pic.

On croise quelques villageois sur le chemin qui nous rassure sur le chemin en criant « Pico da Cruz ». On se rend alors compte que nous avons largement sous-estimé le chemin à parcourir. Le dénivelé est tellement fort que chaque mètre constitue une victoire.

Au trois quarts du chemin, Rémi n’est pas bien. Son corps fatigue et il veut s’arrêter. Ayant encore un peu de force, je veux continuer, avant de me rendre compte quelques minutes plus tard que nous n’avions pas effectué de vraie pause depuis notre départ. On trouve alors un coin d’herbe à la vue superbe pour se ravitailler et faire une sieste bien méritée. La chienne qui nous suit toujours dort entre nous deux.

Au réveil, on se demande bien si on va y arriver. L’eau commence à manquer et notre corps a besoin d’un sérieux boost d’énergie. On monte au mental pendant encore 1H avant d’arriver dans une étonnante forêt de pin. Alors que nous marchions dans un climat de plus en plus aride et sous un soleil de plomb, nous accueillons cette forêt comme une bénédiction. L’odeur y est plaisante, le chemin plus doux et l’ombre salutaire.

Au détour d’un virage, on aperçoit une route pavée, puis des habitations, Pico da Cruz se dévoile devant nos yeux.

Je file dans la première boutique venue pour acheter deux bouteilles d’eau et des gâteaux secs, puis m’écroule dans un coin à l’ombre. Mes cuisses sont en feux et le corps épuisé. Mais à cet instant précis, je suis heureux, assis comme un clochard, mes vêtements remplis de sueur, avec une mine hagarde. Maintenant, on peut se détendre.

Enfin, c’est ce que je croyais.

Un peu plus bas, une fête bat son plein en ce dimanche après-midi.

Rémi négocie un vrai repas et on s’en met plein la panse. On nous propose des verres de rhum toutes les 5 minutes, mais je les refuse tous en leur disant « on a encore une ile entière à traverser à pied ! »

La musique embraye, les gens dansent, papotent, dans une extrême bonne humeur et une simplicité qui fait plaisir à voir. Ça fait des discours, ça ouvre des bouteilles, ça coupe des gâteaux, ça drague gentiment. Je m’essaye à quelques pas de danse, mais les jambes répondent difficilement.

Au moment de partir, la responsable refuse catégoriquement que l’on paye quoi que ce soit et c’est ébahi que nous partons à la lisière du village, pour installer notre camp pour la nuit. À côté d’une église, devant un panorama à faire pâlir les meilleurs hôtels du monde, la montagne s’enfonce paisiblement dans la mer.

Au moment de faire le point, on se rend compte que nous avons réalisé une énorme étape.

Seulement 7 kilomètres, mais avec 1340 mètres de dénivelé. Heureusement que nous avions marché hier, sinon je ne sais pas si nous aurions atteint Pico da Cruz en marchant tout d’une traite.

La chienne, désormais baptisée « Santa » par Rémi, traine toujours entre nos pattes et a grimpé cette montagne sans ciller. Elle dormira encore une fois près de nous et nous réveillera une dizaine de fois au cours de cette nuit bien fraiche.

Jour 3

À plus de 1500 mètres d’altitude, on s’est bien caillé dans nos sacs de couchage pas du tout adapté au froid. Mais c’est plein de volonté que l’on repart pour notre troisième étape. Après une telle montée, nous pouvons tout affronter ! Le sentiment de bien-être est là même si les mollets piquent déjà !

Du faux plat descendant sur la crête reliant Cova de Paul se trouve au programme ce matin avec une double vue à couper le souffle : à droite, la vallée de Paul dans toute sa longueur, de l’autre, vue sur Porto Novo donnant sur la mer et l’ile de São Vicente au loin.

Redescendus à 1300 mètres, nous attaquons une descente qui doit nous ramener au niveau de la mer. Je pensais que la descente serait beaucoup plus simple que la montée d’hier, mais je déchante rapidement.

Notre objectif consiste à rejoindre au minimum XôXô que nous apercevons tout en bas, ce village ne parait pas très loin… mais cela signifie juste que la pente est extrêmement raide !

Toujours en pavés, les marches sont parfois si énormes qu’il faut sauter pour les franchir, les lacets très serrés donnent une impression de ne pas avancer. Au début, ça va, mais au bout d’une heure de descente, le poids du sac se fait sérieusement sentir. Sous son poids, la gravité devient plus forte et le choc plus dur pour les articulations. Les genoux d’abord, les chevilles ensuite. Et c’est sans compter les cuisses en contraction permanente.

Tant bien que mal, on descend plutôt rapidement, la perspective d’arriver en ville aidant surement… On arrive dans des champs de canne à sucre, plantés à flanc de falaises, on déambule dans de petits villages, on croise quelques locaux vus hier à la fête.

Je trouve le temps long et les genoux tirent la gueule alors j’accélère le pas pour rejoindre la route principale.

En arrivant en bas, j’aperçois une voiture en stationnement et me dépêche de la rejoindre. Je négocie avec un touriste allemand afin qu’il nous prenne en stop jusqu’à Ribeira Grande.

Nous trouvons un hôtel convenable où nous pouvons enfin prendre une douche, laver du linge et manger comme des rois. On en profite même pour boire quelques bières afin de se féliciter de ces premiers jours. Ce n’était pas de tout repos. On vient de se monter une montagne de 1500 mètres pour la redescendre, chargé comme des mules ! On repense à Santa, que nous avons quitté tout à l’heure. Nul doute qu’elle trouvera de nouveaux voyageurs à suivre dans les méandres de cette ile.

On tente de définir un itinéraire pour la suite du trek, et sans vraiment nous mettre d’accord nous tombons de sommeil.

Cap à l’ouest : l’heure de vérité

Jour 4

Sous la couette vers 7H du matin je me sens bien. Au chaud, reposé, je me dis qu’aujourd’hui est un autre jour, qu’il sera plus calme, que je vais oublier cette montée infinie au-dessus des nuages ou cette terrible descente qui cisaille les genoux.

Mais lorsque je sors du lit et commence à marcher, je me rallonge immédiatement ! Tous mes muscles brulent et j’ai d’intenses courbatures dans les cuisses, les mollets et les trapèzes. À peine je presse mon doigt sur les muscles que j’en ressens une douleur lancinante.

Je regarde Rémi. Lui aussi est courbaturé à mort. Heureusement, la journée qui se présage aujourd’hui semble plus facile. On prend un costaud petit-déjeuner à base de cachupa et de bananes, on boucle nos sacs et on repart de plus belle en espérant qu’en marchant les douleurs s’estomperont.

Au menu de cette quatrième journée : le sentier 212 qui longe l’océan de Ponta do Sol à Cruzinha da Garça. Environ 15 kilomètres pour un circuit vallonné. Après avoir fait du surplace pendant trois jours, nous allons enfin avancer vers l’ouest.

Départ vers 8H30 et changement de décor immédiat en sortant du village : une aridité plus prononcée à gauche, le bleu profond de l’océan à droite, une brise insatiable, un chemin majestueux taillé dans la montagne et beaucoup de passage. Ce chemin, facile d’accès et relativement clément fait la joie de tous les touristes venus en groupe.

Le sentier vallonné traverse de petits villages nichés au creux des falaises et les vues changent en permanence au fil des lacets. Ça monte et ça descend de façon continue tout le long. Vers 13H, on s’arrête sur une plage de galets pour manger un sandwich au thon, tremper nos pieds dans l’eau et repartir vers Cruzinha. Sans être trop difficile, le chemin semble long, le soleil tape fort et les efforts des 2 jours précédents se font sentir en fin de parcours. Je traine la patte et n’ai qu’une envie : boire un litre d’eau et m’allonger à l’ombre.

En arrivant à notre village d’arrivée vers 16H, on se ravitaille dans la seule épicerie et on arrive à s’incruster dans la maison d’une famille pour y manger un gros plat de riz et de légumes, qu’on paiera quelques euros. Rassasié, on prend la décision de continuer la route, de marcher une ou deux heures et prendre de l’avance pour demain.

La route remonte et je ne me sens pas très bien avec mes muscles tout refroidis. On cherche le chemin, mais rien n’est indiqué et on se perd à imaginer des routes dès qu’une trace file à l’horizon.

Sous le coup de la fatigue, Rémi se foule cheville bêtement en sautant d’un muret en pierre avec son sac sur le dos. La journée s’arrête net.

Notre prolongation aura duré 45 minutes et nous décidons de monter la tente. En haut d’une falaise, avec vue sur l’océan devant nous et la montagne dans le dos, le paysage est magnifique. Nous assistons au plus beau coucher de soleil de ce voyage, lorsque le soleil rougit toute l’atmosphère avant de nous dire au revoir.

Jour 5

Au lever, pain et œufs composent notre petit-déjeuner, toujours dans ce décor qu’il est dur de quitter. La cheville de Rémi n’est pas au top, mais il veut continuer. Quant à moi, je suis encore courbaturé, mais mentalement, je suis bien et super motivé pour aborder cette cinquième journée.

L’objectif est de rejoindre Figueiras de Cima, plus à l’ouest et sans le savoir, il s’agit d’une journée « tour de France » qui nous attend. Au menu : un peu de plaine le long de la mer, puis 3 cols secs pour rejoindre l’arrivée, entrecoupée de descentes pour rejoindre chaque vallée où les rivières restent à sec.

L’enchainement s’avère dur physiquement, mais nous sommes bien alimentés et la beauté du décor nous fait passer le temps.

Rémi tient le coup, même si les descentes techniques lui donnent quelques frayeurs. La dernière montée nous casse les jambes, mais petit plaisir, nous trouvons une épicerie où nous ravitailler et avec un point d’eau pour faire une petite toilette.

On monte la tente sur le toit du bâtiment, en plein milieu du village et on dine un succulent couscous aux œufs préparé par Rémi, le cuistot du groupe. Des filles du village et leur grandes sœurs nous tiennent compagnie en faisant le show et nous racontent un tas de choses que nous ne comprenons guère. À 21H, extinction des feux. 14km, 1030 mètres de dénivelé positif, 590 mètres de dénivelé négatif, ce n’était pas une journée facile !

Jour 6

Ce matin, les courbatures paraissent moins fortes que d’habitude, mais le mental n’est pas au rendez-vous. Je n’ai pas bien dormi et une petite tension avec Rémi s’est installée. Il m’a bassiné de bon matin à vouloir tourner des vidéos et m’a ensuite pressé pour décamper rapidement. On a mangé à la hâte des biscuits et une banane puis nous sommes partis pour la sixième journée du trek.

Rapidement, la route s’élève. Sans être aussi forte que les pentes du deuxième jour, il s’agit d’une montée longue, tantôt pentue, tantôt en faux plat, qui ne s’arrête jamais. À chaque fois qu’on espère voir le sommet, de nouveaux lacets se dévoilent devant nos yeux. Le soleil, déjà haut dans le ciel, tape inlassablement.

Nous sommes partis de 500 mètres d’altitude et devons monter à 1500 mètres pour atteindre le haut de la crête de Lombos. Il n’y a personne sur ce chemin où seuls quelques paysans vaquent de village à village.

Rémi reste devant, il fait voler son drone, filme des vidéos et semble avoir la forme. Quant à moi, je sens mon corps fatigué depuis le début de la montée. Sans avoir mal aux jambes, mon corps avance au ralenti, comme si une force invisible me repousse en arrière.

Vers 11H, à 1200 mètres d’altitude, je suis sérieusement à la peine. On a passé les pentes les plus dures et malgré le faux plat montant censé reposer mon corps, les pas sont plus lourds que d’habitude. Je décide tout de même de continuer.

J’aperçois Rémi plus haut, assis sur le côté de la route, en train de filmer. J’avance laborieusement vers lui, un pas après l’autre. Je m’assois à ses côtés, puis mon corps explose. Je tremble, frissonne, pleure. Je ne sens plus mes jambes, ma tête est ailleurs et mon corps vidé.

Je ne peux plus avancer, je ne peux plus bouger.

Scotché sur place, Rémi est au petit soin pour moi. Il me gonfle un matelas, cuisine des pâtes et me force à m’hydrater. Exténué, je m’endors à l’ombre d’un arbre.

Une heure après, le corps remis en état, je repars avec un peu plus d’entrain.

Cependant, l’après-midi reste un supplice lorsqu’il faut descendre une pente vertigineuse de 500 mètres pour entrer dans la vallée d’Alto Mira. Très technique, entre rochers et graviers, au moins deux heures sont nécessaires pour en venir à bout. Les genoux morflent et le danger d’une foulure de cheville jamais loin.

Au courage, je monte les 200 mètres vers Alto Mira 2, puis Alto Mira 3 sous un splendide décor. Le soleil déclinant illumine la vallée verdoyante, couverte de plantations irriguées par de remarquables aqueducs, parsemée de minuscules villages et entourée d’imposantes montagnes rougissantes.

Vers 18H, nous arrivons et trouvons un hôtel où nous passerons la nuit. Il faut récupérer, autant physiquement que mentalement. Un vrai lit, une douche et de bons repas feront l’affaire.

Pour la première fois depuis le début de l’aventure, je n’ai pas pris de plaisir aujourd’hui. J’ai passé la journée en souffrance et me demandais vraiment ce que je fichais ici. C’est aussi une bonne leçon : j’avais trop peu mangé ce matin, mal évalué l’intensité du parcours et n’étais pas bien couvert du soleil.

Je me couche plein de doutes et lorsque Rémi sort la carte, me parle d’itinéraire à parcourir et de rejoindre cette mer, à l’autre bout de l’ile. Je bougonne, la tête ailleurs et surtout pas à marcher.

Jour 7

Au petit matin, on prend un petit-déjeuner costaud, une bonne douche et on récupère nos affaires propres. Mentalement, ça va mieux. On prend la matinée pour se reposer, travailler sur nos photos, vidéos ou texte, et communiquer sur les réseaux sociaux.

Nous partons vers 13H en direction de Chã de Morte. Une courte étape est au programme, afin de ne pas forcer sur mon organisme, bien entamé hier. Pourtant, dés le départ lorsqu’une montée assez pentue, de 300 mètres à peine, se dresse devant moi, je galère.

J’ai vu bien pire, mais le corps ne suit plus. Arrivée en haut, je suis déjà en souffrance. J’ai chaud et doute de mes capacités.

Par la suite, ce qui devait constituer un parcours facile, 6km avec 400 mètres de dénivelés négatifs, devient un calvaire. Rémi trace devant. Impossible pour moi de le suivre. Le paysage est beau, je veux juste m’allonger dans l’herbe, sous ces jolis arbres et dormir. Profiter de l’instant, de ce paysage si paisible. En galérant sur le plat, je remets tout en cause et les pensées négatives envahissent ma tête. Et si je ne pouvais pas finir ce trek ? Et si mon corps en était incapable ?

Rémi tente de me motiver, me dire qu’on approche de la fin. Je tire une gueule de déterré en attendant que la journée se termine et que je puisse me coucher. Je n’ai plus envie de prendre de photos, de parler à la caméra et je ne supporte plus ces allers-retours pour filmer certains plans, qui m’amusaient pourtant au début de ce trek.

On a marché 4 heures, je suis lessivé.

On plante la tente sur une terrasse d’une grande maison et on admire un lever de lune majestueux. Derrière les montagnes, elle s’élève tranquillement dans les cieux alors que de l’autre côté, une grosse boule orangée nous dit au revoir. Un beau passage de flambeau qui émerveille mes yeux fatigués.

Notre hôte, une adorable dame nous prépare un énorme plat de spaghetti au thon, que nous engloutissons en 10 minutes chrono. C’est repu que je me glisse dans mon duvet. Mon esprit lui est tourmenté. C’est la première fois que je subis une telle défaillance, je ne sais pas comment réagir, je ne sais pas quoi faire.

Alors je visualise l’étape de demain, encore et encore. Je me vois grimper cette montée que j’aperçois depuis la terrasse, je me vois arriver tout en haut, conquérant, plein d’énergie. En travaillant sur le mental, le physique suivra peut-être…

Monter au ciel avant d’atteindre la mer

Jour 8

Je prends un petit déjeuner de champion avec deux sandwichs au thon et une banane, puis je m’hydrate à fond. Après 2 journées dans le rouge, je dois mettre toutes les chances de mon côté pour interrompre ce cercle vicieux. Malgré une nuit agitée, pour cause de fête du village bien trop bruyante, mon corps est plutôt reposé.

Après le lever de lune d’hier soir, le lever du soleil, illuminant toute la vallée, est tout aussi magnifique.

Je suis dans mon monde et les relations avec Rémi ne sont pas au beau fixe. Nous avons du mal à communiquer sur nos besoins respectifs et ça se sent. Malgré tout, je dois assurer physiquement, je dois avancer et je dois franchir cette grosse montée de 800 mètres. Cette montée qui nous fera franchir la Bordeira de Norte pour nous ouvrir la voie du Tope de Coroa et ses paysages lunaires.

C’est l’une des montées les plus belles et les plus dures de Santo Antão. Le chemin pavé est parfaitement entretenu et la vallée Ribeira das Patas, nichée entre deux volcans, d’où nous venons se dévoile dans toute sa splendeur.

Je tente de ne pas subir la pente, de monter en confiance et d’arriver en haut sans flancher. Les pentes vont au-delà de 30%, et lors de certains secteurs, nous avons l’impression de faire du surplace.

Mais pas après pas, on avance, ensemble. Le physique tient malgré la difficulté et mentalement je suis préparé à aller jusqu’au bout.

Il nous faut deux bonnes heures, en prenant quelques pauses salvatrices, pour en venir à bout. Une fois arrivés au sommet, nous nous asseyons et contemplons la vallée et cette ville qui parait si petite maintenant. Nous sommes maintenant à 1600 mètres d’altitude et c’est un autre monde qui s’ouvre à nous, la région de Norte, la plus aride et la plus pauvre de l’ile.

Nous entrons dans un petit canyon couleur ocre où nos pieds foulent un mélange de sable et cailloux. Cet univers est nouveau pour nous, il y a plus de poussière dans l’atmosphère et le soleil y est encore plus ardent.

Il nous faut deux heures supplémentaires, sur un faux plat descendant pour arriver à la cooperativa, au pied du Tope de Coroa. Petit village doté d’une épicerie et d’une quinzaine de maisons, c’est le poumon de cette région que les habitants désertent peu à peu, par manque d’eau et de travail.

Nous ne monterons pas au volcan aujourd’hui. Je ne suis pas sûr de mes capacités et il fait maintenant trop chaud. On préfère se la couler douce : parler aux locaux ou bien avec ce voyageur français, retraité et sillonnant le Cap-Vert depuis des années ; cuisiner dans l’épicerie ; explorer un peu les environs ; faire une sieste.

On plante la tente dans le lit d’une rivière, à l’écart du village et nous discutons sérieusement avec Rémi. De ces derniers jours compliqués d’abord, puis la suite du voyage. Le temps presse et nous décidons de garder le cap et filer jusqu’à la mer comme prévu.

Le plan est simple : nous ferons la montée du Tope de Coroa dans la nuit afin de voir le lever du soleil et de profiter de la fraicheur matinale. Puis après une pause déjeuner/sieste, nous entamerons la longue route en direction de la mer et Monte Trigo.

Une fois le plan acté, tout devient plus simple. Nous savons ce que nous avons à faire et je peux encore une fois visualiser mentalement l’effort à fournir. Lorsque la nuit tombe, la lune est pleine à craquer et dans la tente, c’est comme si nous dormions avec un réverbère au-dessus de la tête. Au lieu de nous reposer, nous nous essayons aux photos de nuit, sous un ciel héroïquement étoilé.

Jour 9

Quatre heures du matin, le réveil sonne. On engloutit un petit-déjeuner de pâtes/pois chiches, on planque une partie de nos affaires et nous nous mettons en route. Nous devons maintenant gravir ce Tope de Coroa, volcan culminant à 1979 mètres et qui représente le point le plus haut de Santo Antão.

700 mètres de dénivelé positif nous attendent et c’est avec la lumière de la lune et nos lampes frontales que nous naviguons dans l’obscurité. On galère à trouver le bon chemin, on se perd plusieurs fois, mais après une heure de marche nous sommes enfin sur la bonne voie.

À la pointe de l’aube, quand derrière nous, le ciel commence à se teinter d’une lueur mauve, on anticipe un lever de soleil imminent. On se dépêche, court presque grâce à la légèreté de nos sacs pour monter le plus haut possible. Pour profiter au maximum de ce soleil qui est en train de rougir toute l’ile. Ce n’est qu’arrivant au pied du Morro de Covãozinho qu’il se lève majestueusement.

Comme des gamins, on a les sourires aux lèvres, je prends des photos, Rémi filme avec son drone. C’est juste magnifique. Le soleil se lève derrière les montagnes que nous avons gravies les jours précédents, derrière tout ce chemin accompli depuis huit jours.

C’est alors un désert de terre, roches et faune aride montant au ciel qui s’offre à nous. Le physique est présent pour cette montée et l’excitation est telle qu’elle se fait sans trop de soucis, outre la navigation rendue impossible : il n’y a plus de sentier visible, on y va à l’instinct.

1979 mètres. On arrive au sommet du volcan. Au sommet de l’ile.

Nous sommes seuls. Pas un humain. Pas un animal. Outre le vent qui souffle gentiment dans nos oreilles, pas un bruit ne vient perturber cet instant magique. Nous apercevons l’ile à 360 degrés. Je devine, au loin, cette fameuse montée de Lombos où mon corps a défailli. Ma revanche est prise, j’ai tenu le coup et je suis monté encore plus haut !

On aurait pu tout arrêter là, ça aurait été beau. Mais nous continuerons. En regardant derrière nous, on aperçoit l’océan et le village de Monte Trigo. Malheureusement pas de chemin direct, trop dangereux et bien trop escarpé pour y aller. Il faut contourner le volcan et faire plus de vingt kilomètres à pied.

Alors nous descendons le volcan. C’est technique, ça glisse et la fatigue se fait sentir. C’est plus laborieux qu’à la montée, mais nous avançons, car la journée va être longue. En arrivant à notre camp de base, nous mangeons et faisons une sieste à l’ombre des arbres. Des troupeaux de chèvres passent à quelques mètres et le sommeil n’est pas facile à trouver. À 14H, on plie bagage, on achète 3 litres d’eau chacun et nous partons pour cette marche redoutée.

Jean-Pierre, le français rencontré la veille nous a prévenus : sur ce chemin 310, il n’y a rien, il fait chaud et l’orientation est compliquée. Il ne s’était pas trompé.

Dans ces contrées, la végétation disparait et la trace des hommes aussi. Ce paysage désertique, battu par un vent éternel et écrasé de fortes chaleurs reste triste. Il n’y a bien que les chèvres qui s’aventurent encore dans ce coin, nous procurant un peu d’animation. Cet après-midi, la lassitude l’emporte. Entre le chemin monotone, la fatigue et le corps qui souffre, j’ai hâte d’arriver à la mer !

Bien que les douleurs musculaires disparaissent sur ce dernier tiers du trek, les douleurs d’usure apparaissent. Là où les mollets, cuisses et trapèzes souffraient le plus, ce sont dorénavant les douleurs aux pieds, aux genoux et au mental qu’il faut repousser.

Mes chaussettes ne sont pas adaptées aux longues randonnées et mes pieds se décomposent peu à peu, sous l’effort et la transpiration. Chaque pas provoque son lot de douleur, de l’orteil au cerveau. Mais si près du but, l’option d’arrêter est grotesque.

Autant à 5H ce matin, j’étais frais comme un gardon, autant à 17H, je n’en peux plus.

Nous sommes censés nous arrêter dans un village nommé Pascoal Alves qui n’arrive jamais. Ce n’est que furtivement, au détour d’une colline, cramée par le soleil, que nous apercevons une église. En s’approchant, on voit rapidement que ce village n’est qu’un hameau dépeuplé. Composé de quelques maisons désolées, une basse cour agitée et son église en décrépitude, il ne fait pas vraiment figure d’oasis tant espérée. Heureusement, la vue ouverte sur l’océan et le ciel orangé par le soleil terminant sa journée compense la désolation de cet endroit.

Les pieds libérés, la tente plantée contre l’église, les pâtes déshydratées avalées, je file sous mon duvet pour notre dernier bivouac sur cette ile.

Ce fut une journée extrême avec 10 heures de marche, 25 km parcourus, 860 mètres de dénivelé positif et 1560 mètres de dénivelé négatif. Demain, nous arriverons à la mer, c’est maintenant une certitude.

Jour 10

Sous le coup de rafales de vent incessantes, la nuit fut loin d’être calme, mais au petit matin un mélange de détermination et de soulagement se lit sur nos yeux. Ce dixième jour signe la fin de l’aventure. Ce soir, nous pourrons prendre une douche et manger un vrai repas sans réfléchir aux kilomètres à marcher le lendemain.

On décolle vers 8H en espérant couvrir le chemin restant en trois heures. Nous pensions qu’il n’y aurait que de la descente jusqu’à Monte Trigo, mais Santo Antão en a décidé autrement. Nous avions encore 700 mètres à grimper…

On monte et on descend de façon incessante, le soleil tape déjà fort et nous ne voyons pas le point d’arrivée durant une dizaine de kilomètres. La peau de mes pieds à vif, le calvaire continue, mais je pense uniquement à cette baignade qui effacera en 5 minutes tous les maux déclenchés de ce trek de dix jours.

On croise un couple de Français, tout frais et pimpant faisant le chemin inverse. On les prévient de la galère du chemin jusqu’à la cooperativa et on leur souhaite bonne chance pour leur traversée.

Vers 12H, au détour d’un lacet nous apercevons enfin Monte Trigo en contrebas. D’un bleu turquoise resplendissant, la mer semble si alléchante ! Les vagues balaient tranquillement la plage de galets désertée sous cette chaleur.

400 mètres de descente à pic nous sépare de cette plage et sans réfléchir, nous fonçons. Toutes les douleurs sont oubliées en voyant ce paradis bleu.

On dévale cette pente en moins de 30 minutes, s’arrêtant à peine pour prendre une photo. On arrive dans le village en ignorant toutes les requêtes habituelles de locaux nous proposant conseils, nourriture, virée en bateau ou salutations pour foncer à la mer.

En arrivant sur la plage, il n’y a pas de foule applaudissant glorieusement notre arrivée. Juste deux gars exténués d’avoir marché pendant 10 jours, d’avoir parcouru cette ile dans toute sa longueur et d’avoir franchi tous les obstacles sur notre route.

On se déshabille alors à la vitesse grand V et on fonce dans l’eau pour entrer au nirvana.

C’est enfin fini !!!

En quelques secondes, j’oublie toutes les douleurs et me libère. Je peux enfin sourire à grandes dents et partager ça avec Rémi. Putain, quel pied ! Quelle libération !

Durant ces 10 jours, il y a eu beaucoup de sueur, de douleur et d’incertitudes, mais aussi un véritable bonheur. Je n’avais jamais fait un tel défi sportif et je suis fier de l’avoir accompli. Heureux de l’avoir fait avec Rémi avec qui je traine depuis l’époque de nos couches-culottes. On n’a jamais lâché le bout et nous avons vaincu cette ile, pas après pas.

On se rhabille, mange un plat royal puis nous filons en bateau vers Tarrafal pour revenir à la maison. Au large de la côte, dans un bateau conduit par deux rastas capverdiens, nous apercevons le Tope de Coroa culminant fièrement à 2000 mètres. Dire qu’on y était hier …

C’est avec un mélange de mélancolie et d’euphorie que nous terminons ce trek sur les flots de l’Atlantique… jusqu’au prochain défi ?

Merci le Cap-Vert pour ta générosité.
Et merci Rémi, pour cette incroyable aventure.

Voici la vidéo de ce trek réalisée par Capitaine Rémi :

Itinéraire final du trek à Santo Antão

La carte du trek

Nous avons fait pas mal de zigzags et pris des petits chemins, ce qui nous a permis de sortir des sentiers battus et de rendre ce trek à Santo Antão passionnant.

Le profil du trek

La couleur bordeaux représente des pentes avec des pourcentages allant de 30% à 50%.

Les montées les plus dures ont été Pico da Cruz dés le deuxième jour, la sortie de Figueiras de Cima le sixième jour et celle pour atteindre Bordeira de Norte le huitième jour.

Statistiques détaillées du trek

JourDépartArrivéeHeures marcheKilomètresDénivelé positifDénivelé négatif
1Vila das PombasQuintal243000
2QuintalPico da Cruz671 3400
3Pico da CruzRibeira Grande6,5102201 400
4Ponta do SolCruzinha da Garça6,515640640
5Cruzinha da GarçaFigueiras de Cima7,5141 030590
6Figueiras de CimaAlto Mira III7,511,51 020750
7Alto Mira IIIChã de Morte46,5300420
8Chã de MorteCooperativa48,2830180
9 matinCooperativaTope de Coroa615710710
9 apremCooperativaPascoal Alves49,5150860
10Pascoal AlvesMonte Trigo4,512,56901150
TOTAL58,5113,27 2306 700

Pour résumer, cela fait :

  • 58H de marche sur 10 jours
  • 113 KM parcourus
  • 7,2 KM de dénivelé positif
  • 6,7 KM de dénivelé négatif

Nous avons monté 22 Tour Eiffel et 1,5 Mont-Blanc .

Trek au Cap-Vert : les infos pratiques

Le physique

Au Cap-Vert et à Santo Antão, il y en a pour tout le monde.

Ce qu’on a fait avec Rémi est un peu extrême et nous avons croisé très peu de personnes faisant ce genre de trek. C’est tout à fait possible de le faire en autonomie, mais il y a un minimum de préparation en terme d’équipement, puis au niveau physique. Le poids plus important sur le dos, une alimentation moins qualitative et la récupération plus compliquée impactent négativement le corps.

Si vous n’êtes pas intéressé par l’autonomie, il est évidemment possible de dormir au chaud chaque soir, de faire des trajets en aluguer, de choisir la difficulté des randonnées, etc. C’est à la carte et beaucoup de voyageurs rencontrés faisaient ainsi.

Enfin, il existe beaucoup de voyages organisés par des tour-opérateurs qui prendront en charge toute la partie logistique, avec un guide qui vous racontera plein de choses sur l’ile. Vous n’aurez qu’à marcher et profiter. Voici quelques agences françaises qui proposent un trek au Cap-Vert.

Les petits trucs qui améliorent le trek : chaussures de rando basse, chaussettes adaptées, bâton de randonnée et une bonne protection contre le soleil.

Voyagez en sécurité !

Si vous comptez voyager au Cap-Vert, n’oubliez pas de prendre une assurance voyage.

J’ai créé un guide complet où je vous explique tout et compare les différentes assurances pour que vous trouviez cette qui vous convient. Cliquez ici pour tout comprendre.

Le logement

Plusieurs options sur l’ile de Santo Antão :

  • Hotel
  • Pension
  • Chez l’habitant
  • Bivouac : tente ou à la belle étoile

À vous de choisir selon votre budget/envie, en sachant qu’en sortant des « villes », le choix des hôtels/pensions se raréfie, voire disparait.

Nourriture/eau

Il y a des épiceries, appelées « merceria » dans la plupart des villages. Vous y trouverez de la nourriture de base et de l’eau. Grandes, minuscules, avec une cuisine ou pas, il y en a de toute sorte.

Vous pouvez « deviner » sur la carte s’il y aura une épicerie selon la taille du village, la présence d’un poste de santé et évidemment s’il est relié à une route principale. Si vous n’êtes pas sûr, demandez aux habitants, ils sauront vous renseigner.

Si vous êtes en autonomie, ces informations seront primordiales afin de ne pas manquer d’eau sur certains secteurs. Comptez 3 litres d’eau par jour.

Les épiceries représentent souvent l’endroit où les habitants se retrouvent pour discuter. Profitez-en pour vous faire quelques amis !

Transport

Vols pour rejoindre le Cap-Vert :

Depuis la France, vous pourrez rejoindre différents aéroports. Les principaux étant : Praia et São Vicente d’abord, puis Sal et Boavista.

Depuis la France, les meilleures opportunités sont avec TAP Air Portugal et Royal Air Maroc. À moins de vous y prendre à la dernière minute, vous aurez un aller-retour en dessous de 500€. Et il faudra faire une escale.

Comme d’habitude, allez sur Skyscanner pour comparer toutes les options possibles à différentes dates.

À titre informatif, je suis arrivé à Praia depuis Dakar avec une petite compagnie appelée Transair. Pour le vol retour, j’ai fait Mindelo/Lisbonne/Paris avec la TAP.

Vols entre les iles :

Pour vous déplacer entre les iles, il y a des bateaux et des avions.

Pour les bateaux, cela semble un peu galère : compagnies qui changent, manque de fiabilité dans les horaires et longs trajets.

Pour les avions, il faut passer par la compagnie Binter Canarias. Tout s’est bien passé de notre côté avec un vol interne Praia/Mindelo.

Pour rejoindre l’ile de Santo Antão :

L’aéroport de l’ile n’est plus en activité et il faut prendre le bateau.

Depuis Mindelo, il y a 4 liaisons par jour pourvues par 2 compagnies. Comptez 8€ et 1H pour la traversée.

Transport sur l’ile :

Uniquement les aluguers. J’ai trouvé les chauffeurs honnêtes : en indiquant votre destination, il vous disent le prix. En cas de doutes, renseignez-vous auprès d’autres habitants.

Orientation

La carte de randonnée est indispensable si vous partez en autonomie et fortement recommandé pour les autres cas. Vous trouverez les numéros de randonnée, les dénivelés, le temps de parcours et surtout elle vous permettra de vous orienter et d’éviter de vous perdre.

Nous l’avons acheté à Mindelo, mais il est préférable de l’avoir avec vous avant de partir. Cela vous aidera à vous organiser. Elle est disponible ici.

En cours de voyage, on nous a conseillé Komoot, une application mobile dédiée aux randonneurs et aux cyclistes. Elle est très précise, permet de visualiser votre position, tracer des itinéraires, voir le dénivelé…

Il y a surement d’autres applications, mais celle-là est très bien faite et je vais l’utiliser de façon intensive pour mon prochain voyage : Paris/Téhéran en vélo.

Climat

Nous sommes partis à cheval entre mars et avril. Le temps était parfait : un ciel bleu avec des passages nuageux, une température d’environ 25° l’après-midi et une bonne visibilité aux sommets.

Apparemment, les mois d’aout/septembre/octobre sont les plus chauds. Attention donc si vous prévoyez de faire le trek en autonomie. Entre le manque d’eau et l’inconfort, cela peut-être pénible.

Infos sur le climat ici.

Budget

Le cout de la vie est plus bas qu’en France et plutôt bon marché.

Voici un petit aperçu si vous voyagez en indépendant/voyage sac à dos :

  • Repas local : 3/5€
  • Bon repas complet : 10€
  • Bouteille eau 1,5L : 1€
  • Bière : 1€
  • Chambre pour une nuit : 10/20€
  • Taxi aéroport (Praia ou Mindelo) : 10€
  • Aluguer (2H) : 7€
  • Vol inter-ile : 80€
  • Bateau privatisé (1H) : 35€
  • Carte SIM + 5 GO de données : 15€

Communication

Au Cap-Vert, la population parle le créole capverdien, qui est basé sur le portugais et qui peut différer selon les iles. En parlant portugais, vous n’aurez pas de soucis de communication.

Si vous ne parlez pas portugais, il y a toujours moyen de se faire comprendre : langage corporel, guide de conversation, application mobile… Plus d’infos pour contrer la barrière de la langue ici.

Rémi ne parlait pas un mot de portugais, mais s’en sortait en baragouinant des mots d’espagnol. De mon côté, je comprenais 50% de ce que disaient les gens. On n’a jamais eu de gros soucis pour communiquer.

À noter que certaines personnes parlent anglais et d’autres français, à notre grand étonnement.

Dans tous les cas, apprenez quelques mots de portugais avant de partir, les sympathiques Capverdiens le seront encore plus lorsque vous tentez de parler leur langue !

J’ai trouvé un article sur le côté pratique à Santo Antão que j’ai bien aimé sur le blog : Mayake.wordpress.com

Pour finir…

Merci à vous d’avoir lu ce (long) article. J’espère que cela vous a plus et vous donnera envie de visiter le Cap-Vert et de faire quelques randonnées sur l’ile de Santo Antão.

Rien ne me rendrait plus heureux que de vous voir partager cet article à votre entourage et sur vos réseaux afin de faire connaitre cette belle destination.

À bientôt pour la prochaine aventure.

– Michael

Mes deux derniers livres sont toujours disponibles !

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A propos de l'auteur Voir tous les articles

Michael

Auteur et Entrepreneur nomade, Michael est le créateur de Traverser La Frontière. Passionné de voyage, il a créé ce site pour aider et inspirer tous ceux qui ont envie de voyager, partir vivre à l'étranger et changer leur vie.

13 commentairesLaisser un commentaire

  • Je suis si Jalouse de vous.
    Votre récit sur ce trek , malgré les douleurs et difficultés,rend notre petite ile si attrayante. Je suis jalouse car bien qu’ayant des parents originaires de Santo Antao je n’aurai pas la chance de la découvrir comme vous. (Pas les jambes pour ).
    Merci de nous faire partager vos bonheurs dans ces décors féeriques.

    • Merci Luisa. Par contre, comme indiqué dans l’article, tout le monde peut aller sur l’ile et faire des randonnées selon sa forme physique. Il y a des sentiers accessibles pour « débutants ».

  • Passionnant. J’aime lire ces articles, je commente plutôt rarement mais là par compassion pour les dénivelés je le fais lol: bravo!!!!

  • Joli trek et bien commenté/documenté : Félicitation Michael !

    Une suggestion, pour une meilleure visibilité et ton prochain Paris-Téhéran : MyAtlas.
    Su tu ne connais pas déjà ? En complément de ton blog, Facebook et Instagram

  • Merci Michael et Rémi pour cette épopée : pour l’aventure, pour les photos splendides, pour le défi que nous vivons à travers vous, les courbatures en moins ;)
    Bonne route jusqu’à Téhéran, fais attention à toi (choisis bien ton matériel) ! On t’accompagne.

  • Bonjour Michael,
    Quelle aventure !!
    Merci pour ce partage magnifique, réaliste et très pratique. De te lire et regarder les photos de votre trek ça m’a fait déconnecter et voyager! Une vrai bouffée d’air!
    Ce que j apprécie c’est cette facilité d’adaptation au situation imprévue ! super !
    Ton récit m intéresse d’autant plus car début juin il est prévu que je fasse un cour séjour sur une île du cap vert: Boa Vista! Qui sera un autre décor ! Car j y vais pour découvrir une nouvelle culture et me regénérer!
    Je te souhaite une bonne continuation et de réussir dans tes projets!
    Avec tout mon soutiens pour ton nouvel challenge :Paris -Téhéran à vélo.

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