Traverser la frontière

Il me reste 10 ans à vivre

Le médecin me regarde droit dans les yeux et me dit :

« il vous reste environ 10 ans à vivre, 15 si vous avez de la chance »

La sentence est sans appel et un poids énorme vient de s’abattre sur moi. Je sentais que mes yeux si vifs habituellement, n’avaient plus d’âme. Aucun traitement ne pourra me sauver.

Les jours précédents ce diagnostic, j’ai fait beaucoup d’examens, de prises de sang et une exploration de mes intestins. C’est lors de celle-ci que le médecin a détecté cette maladie rare. Je ne me souviens plus du nom, mais selon lui mes «intestins deviennent toxiques et mon corps se protège de moins en moins bien».

À 7 ans, j’ai failli perdre ma jambe à cause d’une maladie rare, mais je m’en suis sorti. Ici, les dés sont déjà jetés.

J’ai passé les minutes qui ont suivi l’annonce du médecin à m’interroger :

  • Qu’ai-je fait de ma vie ?
  • Que vais-je faire des 10 prochaines années ?
  • Je me pensais indestructible, comment cela a-t-il pu m’arriver ?
  • Suis-je heureux ou malheureux de cet évènement ?

Durant ces quelques minutes, j’ai commencé à paniquer, à me dire que je ne pourrais jamais réaliser tous mes rêves, que j’ai été puni pour une quelconque raison.

Je transpirais de plus en plus, mon cœur battait avec une intensité rare et je devenais petit à petit demi-conscient. Je devais arrêter tout ça, cela devenait trop réel, j’avais trop peur.

Puis j’ai ouvert grand les yeux

Allongé sur mon lit, je me demande ce qu’il est en train de se passer et je réalise rapidement que je viens de faire un rêve. Je dirais même un cauchemar. Lorsqu’on t’annonce que tu vas mourir et que ta vie n’est plus qu’un compte à rebours, cela n’a rien d’idyllique.

Il est 2H du matin et en regardant par ma fenêtre qui surplombe Da Nang tout est noir, tout est calme. Une sérénité qui tranche avec l’effervescence que ressent mon corps.

J’essaye de me calmer et de me rendormir, mais c’est impossible, mon cerveau fonctionne à cent à l’heure. Je me suis alors levé et j’ai commencé à écrire cet article, il fallait évacuer tout ça.

Pourquoi ce rêve ?

C’est une des premières fois que je rêve de ma mort aussi clairement et j’ai franchement flippé. Par contre, quelque chose d’étrange s’est passé : j’étais abattu, mais en même temps soulagé.

10 ans à vivre, voilà l’excuse parfaite pour réaliser mes rêves les plus fous, ne plus me soucier du lendemain et vivre à 200% sans prendre en compte l’avis des autres. Au lieu de constamment penser au long terme, ça sera vivre à fond sur le court terme en mode YOLO.

Je me suis alors demandé si je vivais la vie que je voulais vraiment.

D’un côté, j’ai des objectifs de long terme comme celui de fonder une famille, d’écrire 10 livres dans la prochaine décennie, de construire doucement mon empire ou de laisser une empreinte positive sur le monde avant de mourir.

De l’autre côté, j’ai envie de découvrir tous les pays du monde, vivre des expériences extraordinaires, prendre plus de risques ou profiter du plaisir charnel avec un maximum de jolies filles.

Tiraillé entre les deux, si je devais mourir dans 10 ans, le choix deviendrait évident. Ma vie deviendrait plus facile.

Plus tard

On se dit tous qu’on fera les choses plus tard, que maintenant n’est pas le bon moment. On s’invente des excuses et on reporte nos projets à plus tard. Ou à jamais.

En faisait ce rêve, j’ai réalisé qu’il y a tellement de choses que je veux faire et que j’ai accomplies si peu durant mes 30 premières années.

Côté voyage, ces prochaines années, j’ai envie de :

  • Passer 3 mois à Porto Rico et apprendre à danser la salsa comme un pro
  • Passer 3 mois sur une île perdue dans le Pacifique
  • Passer 3 mois dans la savane au Botswana
  • Passer 3 mois en Afrique de l’Ouest francophone
  • Passer 3 mois Mexique/Am. centrale à la recherche des pyramides mayas
  • Passer 3 mois en Écosse à écrire dans une cabane isolée
  • Passer 3 mois dans le nord de la Scandinavie
  • Acheter une moto et faire un road trip en Amérique du Sud
  • Fouler les steppes mongoles à dos de cheval
  • Etc.

J’ai aussi envie d’écrire un bestseller mondial, de me mettre à nu dans un livre confessions, de trouver la femme qui fera battre mon cœur comme jamais auparavant, d’avoir enfin une stabilité financière, de trouver cette maison en bord de mer où je passerai mon temps à lire et écrire dans la sérénité ou l’envie de découvrir quelle est le véritable sens de ma vie.

Alors oui, cela fait plein de choses. Je n’arriverai surement pas à tout faire, mais je dois me donner les moyens d’en faire le maximum.

Assez ou pas ?

La vie que j’ai me plait et j’ai déjà accompli pas mal de choses ces dernières années. J’ai voyagé dans une quarantaine de pays, j’ai créé et revendu une start-up, j’ai publié 2 livres et j’ai créé Traverser La Frontière qui aide chaque jour des centaines de personnes.

Mais j’en veux plus et je me dis parfois que je n’en fais pas assez. Lorsque je pense à ce rêve et cette phrase «il vous reste 10 ans à vivre», j’ai envie de placer la barre plus haute.

Pour certains je réussis ma vie. J’ai l’air heureux, je voyage tout le temps (cf voyage à durée indéterminée), je suis indépendant et un connait un petit succès.

Pour d’autres, je suis un échec. Je gagne un demi-SMIC, je ne suis pas marié, je n’ai pas un boulot stable et vis de façon marginale.

Je suis plutôt heureux, pas vraiment stressé, vis dans des endroits du monde bien sympas, je suis en bonne santé et avance sur mes projets. Je pense être dans la bonne direction, mais j’ai l’impression que je peux faire mieux.

C’est pour cela qu’après ce rêve, j’ai pris une décision importante.

Cette année, je me suis engagé à écrire mon 3e livre et le publier en novembre 2017. Je vais respecter ce pacte avec moi-même. (Plus d’infos ici)

Mais en 2018, une fois la promotion du livre terminée, je vais réaliser deux projets qui me tiennent à coeur et que je repousse depuis un moment. L’un sera un voyage, l’autre littéraire. Je flippe un peu en avance, c’est surement un bon signe !

Face à la mort

Pour moi, ce n’était qu’un rêve, une illusion. Mais pour certains ce rêve est la réalité, il n’y a pas de réveil en sueur qui vous soulage.

Tous les jours, des milliers de personnes apprennent que leurs jours sont comptés. Cela fait souvent office d’une alarme sur la signification de leurs vies et comment ils la mènent.

Je me souviens de mon été 2014, lorsque je vivais à Paris. J’ai rencontré Anne-Sophie avec qui j’étais en couple pour quelques mois. C’est une fille adorable et remplie d’une incroyable joie de vivre.

Quelques années auparavant, elle a failli mourir suite à un cancer. Elle a côtoyé la mort de très près et continue de la côtoyer avec son engagement auprès d’autres malades. Elle me disait souvent que depuis son cancer elle a appris à apprécier chaque moment de sa vie au maximum.

J’admire sa force et son courage. De temps en temps, je pense à elle et je suis reconnaissant de ne pas avoir eu à faire face à ce genre de danger durant ma vie adulte.

Dans De la brieveté de la vie, Sénèque disait :

« Loin de mesurer la longueur du temps écoulé, vous le laissez perdre comme s’il coulait à pleins bords d’une source intarissable. »

La vie n’est pas infinie et je suis de plus en plus conscient de ma mortalité.

Sans que cela m’effraie, je sais que ma vie peut s’arrêter demain comme dans 50 ans. Dans les deux cas, je ne veux pas avoir de regrets. Je n’ai pas envie de passer à côté de ma vie, j’ai envie d’exister pleinement.

Si on vous annonçait qu’il vous reste 10 ans à vivre.

Que changeriez-vous ?

– Michael

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Michael

Auteur et Entrepreneur nomade, Michael est le créateur de Traverser La Frontière. Passionné de voyage, il a créé ce site pour aider et inspirer tous ceux qui ont envie de voyager, partir vivre à l'étranger et changer leur vie.

8 commentairesLaisser un commentaire

  • Cet article me touche et je me reconnais complètement dans ton discours !
    Je pense que je serais soulagée s’il me restait 10 ans à vivre, j’arrêtais d’avoir peur de demain et je réaliserais mon plus grand rêve. D’un coup, avoir une échéance permet de mieux se projeter :)
    Tout ceci pour dire qu’il faut que je me bouge et que j’affronte mes peurs, ton livre est super pour ça, je l’ai lu et il est parfait. Maintenant je n’ai plus qu’à me lancer !

  • Bonjour,
    Je lis avec plaisir ton blog, et ne peux que t’encourager à poursuivre dans la voie que tu as choisi; mais poursuivre ses objectifs est une chose, se créer du stress en est une autre.Je suis actuellement au sud du Kerala, pour un mois, dans un hôpital ayurvédique où, en plus des traitements, je pratique la méditation, le lâcher-prise. Ma vie à Paris (et son rythme effréné)semble lointaine, dénuée de sens. Cartésienne, j’ai consacré ma vie à ma famille, à mon travail, désormais, je vis l’instant, et trouve la sérénité en m’accordant à la nature, en reliant mon énergie à celle de l’univers. Et je serai heureuse d’espérer pouvoir vivre encore 10 ans. Bonne continuation.

  • En fait je pense que avoir une dead line est très positif pas de surprise enfin la surprise ont la vois pas venir. Ce qui permet d’organiser c’est le capital 10 ans et le reste du bonus. Apres il faut savoir son ressenti face à mort perso aujourd’hui ou demain dans mon cas cela change pas grand chose évidement cela depend du vécu de chacun.

  • Tu ne peux pas passer à côté de ta vie, puisque tu vis. La seule chose qui peut se passer, c’est que quelque chose en toi ait fait des projets, et que ces projets ne se matérialisent pas. Ce sont des choses qui arrivent, tous le monde vis ça. Parfois on arrive à faire ce qu’on veut et parfois non…

    Vivre et savourer sa vie ne signifie pas forcément faire tous ce qu’on veut faire. C’est surtout goûter tous ce qui se présente, le bon, le moins bon, être vivant en soi, quelque soit ce que l’on est en train de faire, de vivre, de ressentir. Quand ton attention se porte plus sur cette intensité donnée au moment présent, les projets deviennent moins une conditions sinequanone pour sentir que tu vis :) A chaque instant.

    Et puis après si en plus tu peux faire tous ce qui te plait c’est que du plus ! Peut être que ton rêve ne venait pas uniquement te dire de te « bouger pour réaliser tout tes rêves », peut être qu’il venait aussi te montrer que apprécier sa vie commence maintenant, ici, que même si on ne sait pas quel sera l’issu du chemin, on est peut se libérer (un peu) de nos attentes et goûter ce qui nous est offert. Peut être que cela t’invitait à chercher autre part que tout autour du globe, mais plutôt en toi. :) Belle continuation !

    (Ps: je ne dis pas ça du tout pour te décourager ou quoi que ce soit, tes projets ont l’air géniaux et je te souhaite de tout coeur de les réaliser. Je voulais simplement te partager ce que la vie m’a appris, et c’est qu’il ne faut pas attendre d’avoir réaliser ses rêves pour commencer à goûter sa vie et à y trouver l’intensité que l’on peut rechercher). A bientôt !

  • Je pense que la remise en question est normale, quelque soit la manière dont elle a été déclenchée et en général être face à la mort pousse beaucoup à cela.
    J’ai moi aussi trop de rêves et trop d’envies et j’ai beaucoup de mal à les mettre dans l’ordre dans la tête, à savoir ce qui sont mes envies profondes, les plus importantes. C’est important de se poser la question et de vraiment y réfléchir, mais il faut aussi laisser aller parfois et laisser la vie nous surprendre, car l’on vit des rêves que l’on n’avait parfois même pas imaginé!

    • Définir le plus important.
      Je pense que c’est le plus important.
      Compliqué car il faut faire des concessions.
      Mais si tout est important, rien ne l’est vraiment.
      Et alors on avance pas !
      Anyway, merci Lucie ;)

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