Traverser la frontière

Essaouira, hors saison, hors du temps

Le pas hésitant sur les pavés de l’antique médina d’Essaouira, mes yeux tourbillonnent.

Avec ses maisons toutes blanches, ses ruelles tortueuses, ses vendeurs tenaces, son odeur mêlant cuir, épices et poisson, ses mouettes criardes dans le ciel et ses femmes dont on aperçoit furtivement le visage, cette médina m’offre un spectacle inédit.

En oubliant les petits écrans collés à toutes les mains, j’ai l’impression de revenir dans le passé et me perds à imaginer le faste de cette ville durant son âge d’or.

Au 19e siècle, Essaouira était l’une des villes les plus importantes du Maroc. Dotée du premier port commercial et du statut de capitale diplomatique, le beau monde du pays ainsi que les riches commerçants européens accouraient ici, à la recherche de pouvoir, de richesse ou de plaisir. Puis le déclin s’enclencha durant les décennies suivantes, face à l’irrésistible essor de Casablanca plus au nord.

Après sa période hippie dans les années 70, Essaouira est maintenant devenue une destination touristique prisée. D’abord, grâce à l’inscription de sa médina au patrimoine historique de l’UNESCO, puis au développement de ses infrastructures pour attirer les touristes en quête de calme, culture et d’authenticité.

À la recherche d’un peu de chaleur et dépaysement, j’ai découvert cette cité marocaine en décembre 2017. Une semaine a suffi aux murailles orangées, à ses chaleureux habitants et son imperturbable ciel azur pour me charmer.

Essaouira, une escapade arabe sans pareille

Entre les taxis véreux de l’aéroport, l’arrivée dans une médina bien glauque à minuit puis la nuit glaciale passée dans une auberge sans intérêt, l’envie de rester à Marrakech fut bien maigre. Dès le petit matin, j’ai sauté dans un bus direction l’océan.

Un trajet de trois heures, dans une campagne marocaine envahie d’arganiers baignés d’un soleil généreux aura suffi pour me déposer à Essaouira. À l’arrivée, un jeune homme m’indiqua le chemin pour rejoindre mon riad, situé dans le cœur de la médina. J’y découvris alors cette ambiance unique, aux mille odeurs et couleurs, ainsi que son agitation maitrisée.

J’ai passé l’après-midi à explorer la médina historique, les remparts abimés par l’océan, le port et son agitation permanente pour enfin observer le coucher de soleil depuis cette plage dont on voit difficilement le bout. La nuit tombée, en attendant ma première tajine de poisson, j’ai remarqué sur une carte qu’Essaouira n’était pas bien grande et j’en avais vu déjà une bonne partie. Face à la ville nouvelle, sans grand intérêt, les quartiers historiques étaient bien limités.

Je me suis même demandé si je n’allais pas m’ennuyer, mais lors de ma deuxième journée, je l’ai senti. L’âme de cette ville. J’ai compris qu’il faudra la sentir et la vivre pour la comprendre, qu’une visite superficielle ne suffirait pas.

Car Essaouira transpire l’originalité et ne ressemble en rien à ce que j’ai pu voir durant mes années de voyage. Outre peut-être Cadiz, ville andalouse au sud de l’Espagne.

Je leur trouve des airs communs : cette sensation de bout du monde, l’océan pour seul horizon, une plage éternelle, les pavés de ses vieilles rues, un port infatigable et sa forteresse, vestige d’une époque révolue.

Mais Essaouira est bel et bien unique.

Qu’il s’agisse de l’architecture arabe omniprésente avec ses célèbres arches en pierre, les vêtements traditionnels encore portés, les odeurs perturbantes émergeant des boui-boui ou les appels à la prière rythmant le quotidien cinq fois par jour. Nous sommes bien de l’autre côté de la Méditerranée, en terre arabe.

Ici, les tapas sont remplacées par les tajines, le jambon sec par les sardines, le mini short par les djellabas colorées et où les nuits se terminent paisiblement autour d’un thé brulant, plutôt qu’à enchainer les bières dans un bar agité.

C’est ma grande première sur ce continent, mais je n’ai pas l’impression d’être en Afrique. Plutôt au Moyen-Orient avec cette culture arabe ostentatoire, présente à tous les coins de rue. Sans vraiment ressentir de choc culturel, parfois si rude en voyage et j’ai pris plaisir à retrouver certaines familiarités.

Les gens d’abord, car entre les Marocains vivant en France et ceux d’ici, il n’y a pas de grandes différences physiques. L’atmosphère ensuite, à laquelle j’ai pu gouter lorsque je vécus à Grenade, ville au cœur de l’Andalousie et territoire des Maures durant plusieurs siècles.

La culture musulmane y est encore forte de par une proximité géographique, une histoire commune et une forte immigration. J’avais l’habitude d’arpenter le vertigineux quartier de l’Albaicin construit par les musulmans, d’où l’on pouvait admirer l’un des plus beaux monuments au monde : l’Alhambra. Véritable joyau islamique, remis ensuite aux chrétiens et magnifiquement préservé pour le bonheur de millions de touristes. Je retrouvais à Essaouira, des formes, des couleurs et des odeurs qui m’étaient familières.

Il n’y avait pas foule dans les rues de la ville et c’est ce que je recherchais en partant hors saison à Essaouira. Je voulais éviter les hordes de vacanciers, les prix gonflés et l’ambiance pesante qu’engendre la haute saison touristique, pour profiter de la vie locale au rythme de ses 80 000 habitants.

Essaouira, la tranquillité assumée

En venant à Essaouira, j’ai retrouvé les rayons de soleil qui me manquait tant depuis Paris, où le temps exécrable m’a poussé à migrer vers le sud. Mon corps et mon esprit désormais détendu, j’ai pu, jour après jour, profiter de la vie bien paisible de cette ville bordant l’océan.

Le matin, je sortais difficilement de mon amas de couvertures qui me tenait chaud durant les fraiches nuits pour sauter dans la douche, puis engloutir l’énorme petit-déjeuner que me préparait Fatima, l’hôte de mon riad. C’était sur la terrasse et sous le soleil qu’un joyeux mélange de pain, msemen, confiture, oeufs, thé et jus d’orange frais attendait mon coup de fourchette. Les regards de quelques goélands curieux n’étaient jamais loin, dans l’espoir de chiper quelques restes.

Je me dirigeais ensuite vers la longue plage à 5 minutes de la médina où j’enlevais alors mes chaussures, pour sentir mes pieds s’engouffrer dans le sable à chaque pas. Des enfants jouaient ci-et-là, des couples se baladaient amoureusement, d’autres âmes lézardaient sur les transats et quelques locaux tentaient d’écouler leurs marchandises : lunettes, souvenirs ou petits gâteaux.

Les rayons du soleil perçaient avec facilité l’horizon brumeux et caressaient délicatement mon visage. Un vent inépuisable rafraichissait l’atmosphère et m’empêchait de faire tomber le t-shirt, mais créait un peu de magie lorsqu’il enfantait des trainées de sable filant mystiquement le long du rivage. Ces mêmes rafales faisaient le bonheur des kitesurfeurs, déjà en train de glisser sur l’océan au loin.

C’est vers eux que je marchais une trentaine de minutes, tout au bout de la plage, avant l’oued Ksob signalant la démarcation entre Essaouira et Diabat.

Je passais quelques heures dans ce joyeux cirque. Mélange de sportifs profitant des vagues et du vent, de touristes se baladant dans les dunes à dos de dromadaires, d’habitués sirotant leurs cocktails sur les poufs des restaurants.

Et moi, je lisais, j’écrivais, je pensais. Mon roman autobiographique occupait mes doigts engourdis par le vent, Le Premier Homme d’Albert Camus s’emparait de mes yeux rêveurs et mon départ prochain pour le Sénégal s’accaparait le reste de mes neurones. Au Café Beach and friends, où je prenais mes quartiers, l’heure était à la détente, à peine perturbée par la musique « bar branché » parfois de mauvais gout qui venait percer la mélodie du vent marin.

Sur le chemin du retour vers 15H, avec le petit-déjeuner enfin digéré, la faim pointa le bout de son nez. C’est en fin d’après-midi que j’ai habitué mon estomac à se gaver de pâtisseries marocaines. Présentes à tous les coins de rue dans la médina, il était très dur de résister à ces douceurs grasses, mielleuses ou fruitées.

Les doigts nettoyés de ma gourmandise, l’heure de prendre des photos arrivait lorsque le soleil déclina vers l’infini bleu de l’océan. Que ce soit dans la médina, sur la plage ou les remparts, j’en profitais enfin pour capturer Essaouira et sa vie quotidienne sous des lumières plus douces.

Une fois la nuit tombée, je sortais ma veste pour tenir tête à l’air refroidi et allais diner dans l’un des nombres restaurants qu’offrait la médina. Du petit boui-boui, au restaurant de luxe, en passant par de petits restaurants chaleureux, le choix était assez large. J’ai tout de même apprécié de retourner plusieurs fois aux mêmes endroits, comptant sur des propriétaires aux petits soins avec moi et des plats exquis.

Et c’est le ventre parfois trop rempli de délicieux couscous ou tajine que je retournais vers mon riad. À cette heure, les ruelles de la médina, souvent sans lumières, devenaient sombres et je ne croisais que des promeneurs sans visage lorsque je tentais de retrouver mon adresse dans ce dédale.

À ce petit rythme quotidien, s’ajoutaient des petites variantes.

Parfois, je me levais plus tôt afin d’y observer les pêcheurs rentrant de mer et leurs barques au bleu encore plus perçant que celui du ciel. Parfois je me couchais plus tard lorsque la soirée s’allongeait au gré des rencontres. J’aimais aussi prendre le thé dans l’hôtel Heure Bleue où je pouvais écrire tranquillement, faire quelques emplettes beauté avec des produits bourrés d’huile d’argan et bien sûr tenter l’aventure du dromadaire sur la plage !

Au bout de quelques jours, j’avais l’esprit en paix et mon corps, bien que ramolli par les nuits à rallonge, était reposé. Sans me presser, sans vouloir tout voir, tout faire, j’ai bien profité de la paisible vie qu’offrait Essaouira hors saison touristique.

Face à l’océan et le bruit de ses vagues apaisant, sous un soleil qui réchauffe mon corps, avec la forteresse orangée de la médina siégeant derrière moi, la vie était quand même bien belle dans ce petit coin du Maroc.

Comme l’impression de se retrouver hors du temps.

Essaouira, les infos pratiques

La météo à Essaouira

Il fait beau toute l’année à Essaouira et les températures sont excellentes entre mai et octobre. Ensuite il y a un peu de pluie (quelques jours par mois) et il fait plus frais, comme lorsque j’y étais en décembre. Essaouira hors saison, cela reste très agréable, il faut juste penser au pull et la veste pour le soir.

Plus d’infos sur A-contresens.net et Quandpartir.com

Les choses à faire à Essaouira

  • Visites : la médina, les remparts, le port, musées, galeries d’art…
  • Sports nautiques : surf, kitesurf et planche à voile
  • Activités : balades en dromadaire/cheval/quad, shopping, hammam…
  • Prendre le temps : se balader, prendre un thé, discuter avec les locaux…
  • Admirer le coucher de soleil : depuis la plage, le port ou un des restaurants au dessus des murailles (Taros par exemple)
  • À voir dans les environs : Diabat, Sidi Kaouki, marché de Had Draa

Essaouira n’est pas une destination de fêtard, donc pas grand chose pour sortir le soir et faire la fête, surtout hors saison.

Plus d’idées : sur Wikitravel, le blog Thesunnyfoodie, le site Maroc-o-phile ou le site Madeinmedina.

Vous pouvez aussi réserver une activité avant votre arrivée sur GetYourGuide.fr (transport, balades, surf…)

L’hébergement à Essaouira

Il y a 2 auberges de jeunesse, que je n’ai pas testées. Sinon, direction hôtels et guesthouse familiales (sous forme de riad) qui sont abondantes à Essaouira. Vous trouverez de tout niveau qualité, avec des prix qui restent raisonnables.

J’ai passé 2 jours au riad Le Grand Large réservé avec Booking pour 20€ la nuit avec petit déjeuner.

Puis j’ai passé 4 jours dans un autre riad réservé avec Airbnb, que j’ai trouvé beaucoup mieux (accueil, propreté, petit-déjeuner…) là aussi pour 20€ la nuit.

Lien de parrainage :

  • Booking : économisez 15€ sur votre première réservation
  • Airbnb : économisez 25€ sur votre première réservation

La nourriture à Essaouira

Budget économique (boui-boui, dans la rue) : 2/3€ par repas
Budget « bon repas » (assis, cadre sympa, cuisine élaborée) : 6/7€ par repas

Vous pouvez ensuite monter bien plus haut en prix et en gamme, mais je n’ai jamais dépensé plus de 10€ pour un repas complet avec boisson.

Mes 3 restaurants favoris à Essaouira :

À noter aussi le Café Jalil de bonne qualité et moins cher que les trois autres.

Se rendre à Essaouira

J’ai pris des vols à Marrakech : Vueling depuis Barcelone (45€), puis Ryanair vers Beauvais (40€).

Ensuite, un bus « Supratours » pour rejoindre Essaouira au prix de 80 dirhams (7€). Il existe d’autres compagnies de bus et d’autres lignes (Casablance, Agadir…), mais je ne les ai pas testé.

Vous pouvez donc arriver/repartir de Marrakech ou d’Essaouira.

Trouver les meilleurs vols :

Pour Marrakech, il existe aussi des vols directs depuis Lyon, Nice, Marseille…

En vous y prenant à l’avance, vous pouvez vous en tirer pour moins de 200€ aller/retour.

Dernières infos sur Essaouira

Des petits trucs à savoir avant de venir :

  • Le Maroc est un pays musulman : le respect est de rigueur, pas de tenues provocantes, ne pas entrer spontanément dans les mosquées, éviter le trop-plein d’affection amoureuse en public.
  • Sécurité : aucun problème à signaler pour Essaouira.
  • Pour l’argent, il y a des distributeurs automatiques un peu partout qui vous fourniront des dirhams (je retirais chez Société Générale).
  • Les vendeurs peuvent être insistants, cela peut énerver, mais tentez de garder votre calme et décliner poliment.
  • Négociez tout ce que vous achetez dans les marchés, la rue… Les prix se font à la tête du client et en tant qu’étranger, ils connaissent une inflation mirobolante. Demandez le prix à des locaux ou sinon divisez au moins le prix par deux.

En pleine saison, je pense que la foule doit rendre la ville plus animée, mais peu moins agréable et avec des prix plus élevés. Par contre mi-saison ou hors saison, c’est une excellente destination que je recommence les yeux fermés !

– Michael

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Michael

Auteur et Entrepreneur nomade, Michael est le créateur de Traverser La Frontière. Passionné de voyage, il a créé ce site pour aider et inspirer tous ceux qui ont envie de voyager, partir vivre à l'étranger et changer leur vie.

2 commentairesLaisser un commentaire

  • Bonsoir,
    J’ai bien aimé le récit, car je vais à Essaouira chaque année et c’est toujours un bonheur!
    La mer à l’infini, les mouettes, les odeurs et la gentillesse des gens. Toutefois, juste une petite remarque : le Maroc, comme les autres pays d’Afrique du nord est peuplé de berbères, c’est un pays musulman mais pas « arabe ».
    J’y retourne en septembre!!!

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