Traverser la frontière

TLF 081 : Arrivé à 10 ans au Sénégal, il déclare son amour à sa terre adoptive

Envie de vivre au Sénégal ? De comprendre le parcours d’un enfant d’expatrié ?

Dans cette interview, retrouvez Kevin qui a vécu toute sa vie entre le Maroc, la France et le Sénégal avant de s’installer définitivement à Dakar, sa ville de cœur.

Vous allez découvrir son histoire mouvementée, à quoi ressemble la vie d’un adolescent français à Dakar, le choc culturel de vivre à Paris et ce qu’il pense du Sénégal.

Écoutez tout de suite l’épisode (54 min) :

Épisode #081 sur l’histoire de Kevin entre la France et le Sénégal

J’ai rencontré Kevin lorsque je vivais à Paris il y a 6/7 ans et depuis nous avons gardé contact via Facebook. Lorsque j’ai décidé d’explorer l’Afrique, il m’a convaincu de venir au Sénégal afin de découvrir « son » pays. C’est donc à Dakar que nous avons enregistré ce podcast, qui ne ressemble à aucun autre et qui apporte une vision inédite de l’expatriation.

Après avoir vécu dans plusieurs pays, fait ses études en France et voyagé aux quatre coins de la planète, Kevin est devenu réalisateur vidéo au Sénégal. La terre qui l’a vu grandir à partir de 10 ans, le voit donc s’épanouir dans sa vie d’adulte.

Dans cette interview, on discute de son enfance entre le Maroc et la France, de son arrivée à Dakar, du déroulement de scolarité, des particularités de grandir au Sénégal, du choc culturel lorsqu’il a débarqué à Paris pour ses études, des différences entre la vie en France et au Sénégal et pourquoi il est tant attaché à ce pays africain.

Les liens de l’épisode :

Comment écouter cet épisode ?

Cet épisode dure 54 minutes et vous pouvez l’écouter :

Choisir de vivre au Sénégal : Le résumé écrit de l’interview

Kevin est réalisateur de films. Il a monté un studio de réalisation audiovisuelle à Dakar depuis 3 ans (Hann Pictures Studio) et ses principaux clients sont les ONG (Organisation Non Gouvernementale).

Les ONG ont besoin de communiquer sur leurs actions en Afrique. Il se rend sur place, filme et ressort avec des films de 3/5min qui vont aider les OGN à capter plus de fonds et aider plus de gens. Il fait surtout ça au Sénégal ou en Gambie et voyage aussi en Afrique de l’est (Tanzanie, Zambie, Malawi).

Une enfance entre le Maroc et la France

Kevin est né sur l’ile de la Réunion à Saint-Pierre. Sa famille est originaire d’Afrique du Nord, la plupart de Casablanca au Maroc. Il a passé son enfance entre le Maroc et la France, jusqu’à 10 ans. Il est alors arrivé à Dakar, car son père avait trouvé un emploi ici. Depuis il n’est jamais reparti. Il est d’ailleurs maintenant franco-sénégalais. À 18 ans, il est parti faire des études à Paris, dans une école de commerce. Il a ensuite pu partir en Finlande, en Australie, au Pérou ou aux États-Unis. À la fin de ses études, il est revenu s’installer à Dakar, il y a donc 3 ans.

Sa petite enfance se déroule principalement au Maroc. Il est allé de temps en temps en France en suivant les postes de son père, notamment près de Saint Étienne. Son père, qui travaille dans le BTP, a ensuite trouvé un poste à Dakar. En ce qui concerne sa maman, elle a fait des études dans la création de médicaments, puis a ensuite privilégié ses enfants par rapport à sa carrière. Elle a aussi une passion pour les livres et a été longtemps bibliothécaire pour les écoles françaises à Dakar.

Une adolescence colorée à Dakar

À son arrivée à Dakar, Kevin ne s’y sentait pas bien et ne voulait pas rester ici. Quitter ses amis alors qu’il avait 10 ans, ce n’était pas simple. Puis en l’espace de quelques mois, il s’est fait plein de nouveaux amis et Dakar est devenu son nouveau chez soi.

Il a tout d’abord été dans une école primaire aux Maristes, en suivant le programme sénégalais puis français.

Ensuite, il a fait ses études au lycée français Jean Mermoz, le principal établissement français de Dakar. Son lycée depuis la 6e jusqu’à la terminale.

Dans ce lycée, il y avait des gens de toute la planète : des enfants d’expatriés, de militaires, des Libanais, des Ivoiriens, des Sénégalais… Un beau « melting pot » international de 2 000 élèves, mais francophone.

Aujourd’hui, il y a beaucoup d’options à Dakar. Une école américaine, une école turque, etc.

Grandir dans la diversité

Son adolescence s’est passée comme n’importe quelle autre. Sauf qu’en bonus, il y faisait beau et chaud, il pouvait jouer dehors toute l’année, libre d’écrans virtuels.

Le Sénégal est un pays vraiment accueillant. Le peuple sénégalais est gentil, on y grandit sans animosité et dans un dialogue interculturel (majorité est musulmane et minorité chrétienne). Dakar est une ville cosmopolite, où l’on est bien accepté par les gens. On est tous pareils, peu importe l’origine ethnique. Il existe une vraie tolérance et pas de jugement direct. Il avait des amis de toutes origines et couleurs de peau.

Cette atmosphère l’a propulsé sur une bonne lancée pour devenir quelqu’un qui aime l’humain et les différences culturelles.

Le Sénégal a toujours été présent et s’est affirmé en lui ces dernières années. Notamment quand il a dû partir loin, il s’est rendu compte d’où il vient et de ses repères culturels.

Il ne s’est jamais posé la question de l’acceptation/intégration en étant au Sénégal.

Il n’y a que quand il est parti faire ses études à l’étranger qu’il a découvert que son point d’ancrage était Dakar. La vibe et la culture dakaroise font partie intégrante de lui, auxquelles il se sent appartenir, plus qu’à la culture sénégalaise dans son ensemble.

Des études en France et dans le monde

Au début, Kevin ne voulait pas vraiment étudier en France, il aurait préféré aller au Canada, découvrir l’Amérique du Nord et aller plus loin que ce qu’il connaissait déjà, mais il s’y est pris un peu trop tard dans les inscriptions ! Puis, grâce à une amie de sa mère, il a découvert par hasard une école de commerce centrée sur l’international où il pouvait partir dans un nouveau pays chaque année.

Et c’est en arrivant en France que Kevin connut son plus gros choc culturel.

Il imaginait connaitre la France et sa culture, que c’était son pays. Mais pas tant que ça. Paris est très différent culturellement de ce qu’il connaissait du Sénégal.

Il avait 18 ans et c’est la première fois qu’il quittait sa famille pour un long séjour, un peu le coeur lourd. Il a débarqué en France et savait qu’il fallait se débrouiller seul et s’adapter à la culture.

Son premier réflexe était : de ne pas adhérer à la culture, de sentir les gens trop différents de lui et de s’enfermer dans une bulle qui lui empêchait d’aller vers l’autre. Il était persuadé d’avoir raison, que les autres étaient cons, n’étaient pas agréables, etc. « Je ne les aime pas, je m’en protège » dit-il.

Après un an, il a réalisé que le fermé d’esprit, c’était lui. Il se rendit compte qu’il ne profitait pas de l’expérience et de la vie en tant que telle en réagissant comme ça. Cette leçon, il l’a comprise en partant en Finlande, durant sa deuxième année d’étude. Il voulait alors partir le plus loin possible de Paris.

Il a choisi une petite ville en Finlande, à la frontière russe et y passa un semestre extraordinaire. Il a rencontré des gens de tous les pays du monde, s’éclatait dans une véritable osmose culturelle. Il y avait plein de français, espagnols, finlandais… et il se rendit compte que ce n’est pas cette ville qui avait une atmosphère particulière, il fallait juste qu’il sorte de sa coquille.

En rentrant à Paris, il a changé d’attitude et ne voulait plus être centré sur lui même. Il a alors passé le restant de ses études à s’éclater et à rencontrer plein de gens.

« Souvent quand ça ne va pas, ce n’est pas forcément à cause des autres, mais beaucoup à cause de soi. »

Il est resté 2 ans et demi à Paris, étalé sur 5 ans, entrecoupées d’études en Australie, Finlande, Pérou et un stage à Los Angeles.

Toutes ces expériences ont fondé « l’essence même » de Kevin. Le voyage est devenu une passion, voire une addiction.

Ses parents lui avaient transmis cette habitude de bouger, de découvrir des choses différentes, mais c’est quand il a pu faire ses propres choix que la passion a surgi. Il ne se voit pas arrêter de voyager et il travaille pour ça.

L’appel de Dakar et du Sénégal

À la fin de ses études, il avait l’opportunité de rester à Los Angeles pour y travailler après la fin de son stage ou il aurait pu rester en France. Mais il a eu ce sentiment et ce besoin de rentrer au Sénégal. Un cri du cœur, l’appel de la terre. Il n’a pas pu lutter. Cela fait 3 ans que Kevin est revenu au Sénégal.

Il se voit à l’étranger et voyager, mais veut garder sa base au Sénégal.

Entre Paris et Dakar, la vie est bien différente. Il y a du bien et du mal de chaque côté. Au niveau des richesses, Dakar n’est évidemment pas au niveau du rayonnement de Paris et les différences entre classes sociales y sont beaucoup plus visibles. Il y a aussi une différence de feeling/vibe : Paris est plus dynamique, cosmopolite, la vie y est pressée et accélérée; à Dakar on prend plus le temps de vivre, le temps est plus arrêté, les gens sont plus zen, même si certaines personnes travaillent énormément.

Kevin a maintenant la double nationalité : française et sénégalaise.

Il a autant d’amour pour les deux pays et ne renie ni l’un, ni l’autre. Il est plus attaché à la culture française, sans y avoir d’attaches sur le territoire. Il est fier d’être français et de faire partie du pays, mais il possède cette attache physique et géographique au Sénégal.

Hassan II, ancien roi du Maroc disait « tu es du pays qui t’a vu grandir ».

Quoi qu’on dise, ce pays l’a vu grandir et pour cette raison il est Sénégalais, peu importe ce qu’en pensent les autres. Après, il se sent plus Dakarois que Sénégalais. Car Dakar ou la brousse sénégalaise, ce sont deux mondes différents !

Kevin ne se voit pas quitter le Sénégal et ne jamais y revenir. Mais il n’a pas envie de se retrouver à 90 ans et se dire qu’il ne connait QUE le Sénégal. L’idéal serait un mix des deux : un port d’attache à Dakar pour s’épanouir, se sentir dans dans son élément, mais l’autre moitié du temps, il veut voir comment ça se passe ailleurs, il veut voyager.

Il part à l’aventure avec sa copine régulièrement.

Par exemple en Amérique centrale :

Sénégal, terre de contraste

Au Sénégal, la vie est bien différente par rapport à la France.

Il y a tout d’abord les côtés les moins agréables :

Éléments liés aux grandes agglomérations, comme le temps passé dans les embouteillages ou la pollution.

Ensuite, la présence de déchets et la saleté de Dakar et au Sénégal sont très importantes.

Deux autres sujets l’ennuie. Tout d’abord, voir les enfants mendier dans la rue (talibés), lieu où ils ne devraient pas être. Ils devraient avoir une éducation normale, loin des dangers des agglomérations. Ensuite, l’intolérance vis-à-vis des orientations sexuelles différentes, l’homosexualité, qui s’élargit plus largement à l’Afrique, voire d’autres parties du monde.

Puis, il y a plein de côtés positifs :

Les Sénégalais évidemment, toujours souriants et accueillants (d’où la « teranga »), peu importe la couleur de peau ou religion.

Le Sénégal est aussi un pays exemple sur un bon nombre de sujets en Afrique. En terme de religion où musulmans et chrétiens se côtoient paisiblement et avec sa culture pacifiste, sans guerre ou coup d’État.

Il existe aussi beaucoup d’opportunités économiques, c’est un pays qui va de l’avant pour améliorer son futur.

Kevin apprécie les odeurs du Sénégal, comme sa première bouffée d’air en sortant de l’avion qu’il distingue parmi tous les autres pays du monde.

Il y a aussi cette nonchalance/proximité des gens, la façon d’être et de parler très significative des sénégalais. Il y retrouve un sentiment d’appartenance.

C’est une terre de contraste, avec des choses qui énervent ou frustrent, mais il existe une lutte pour améliorer le sort du Sénégal, car les gens aiment ce pays.

Le continent africain peut surprendre dans les années à venir, car il y a une grande envie de bouger. La croissance démographique énorme représente aussi des opportunités, comme des dangers.

Enfin, Kevin encourage tout le monde à venir découvrir le Sénégal, un pays qui nait en vous.

Beaucoup de gens repartent amoureux, d’autres excédés, cela dépend de comment vous venez l’aborder. Il faut lui donner sa chance et pas juste venir 2 semaines dans une station balnéaire. Il faut rencontrer les gens, aller dans les petits villages pour se rendre compte de la gentillesse et l’hospitalité des gens. Et ne pas venir avec ses aprioris.

Voici une vidéo réalisée par Kevin pour une ONG :

Merci d’avoir écouté l’épisode #081 du podcast !

michael-pouce-articleMerci d’avoir pris le temps d’écouter cet épisode du podcast de Traverser La Frontière. Si vous avez des suggestions ou des remarques sur l’épisode, laissez un commentaire un peu plus bas.

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– Michael

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Michael

Auteur et Entrepreneur nomade, Michael est le créateur de Traverser La Frontière. Passionné de voyage, il a créé ce site pour aider et inspirer tous ceux qui ont envie de voyager, partir vivre à l'étranger et changer leur vie.

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